jeudi 3 juin 2010

le cas de la fraise vide

je savais comme chacun que les limaces boulottaient les fraises en général et les miennes en particulier . les fraises mûres . et voilà que le moment redouté est venu : premières rougeurs, premières attaques . ceci est connu . les petites limaces font des petits trous — c'est presque attendrissant, on leur pardonne — et les grosses limaces font de plus gros trous et quand on les voit, on les déporte . c'est dans l'ordre . mais ce que j'ai vu cette année dépasse toute mesure . jugez : cette fraise a été entièrement vidée de sa pulpe . on sent une malignité . ce n'est pas du tout dans la manière d'une limace . la limace mange tout de la fraise, elle ne laisse pas la peau . donc il y a du nouveau .

je dirais même plus : il y a des nouveaux . de nouveaux amateurs de pulpe de fraises mûres . nombreux . et déterminés . il faut avoir le cœur bien accroché pour en supporter la vue . je ne souhaite à personne de les rencontrer dans son jardin . et je ne suis pas sûre que je souhaite vous les faire rencontrer sur ce blog . dans le souci de ménager les sensibilités les plus délicates j'ai choisi de n'en montrer sur cette page d'accueil qu'un portrait fallacieux — un détail flou et sous un jour qui le rend presque sympathique — qu'on ne s'y trompe pas . seules les âmes bien trempées oseront cliquer sur les liens et vignettes qui émaillent les explications qui vont suivre . à leurs risques et périls .

limaces et blaniules s'entendent comme larrons en foire pour faire des orgies de (mes) fraises — blaniulus guttulatus : c'est le nom de ces minuscules myriapodes . des mille-pattes minuscules . oui ce sont bien des pattes qu'on distingue sur le petit portrait si flatteur . des pattes il en a et beaucoup . tous les détails morphologiques, physiologiques et la place de ces êtres dans la nomenclature zoologique sont aisément accessibles en français dans les pages que l'université McGill consacre aux moyens de lutte contre les mille-pattes, et l'INRA à la blaniule mouchetéeinutile de s'y étendre ici . ce que je peux vous (dé)montrer c'est la résolution de l'énigme de la fraise vide . les protagonistes sont maintenant identifiés : limaces & blaniules . mais quel est le mode opératoire ? reportage .

voici une édition ad usum delphini de la première partie du reportage photographique . elle ne pourrait offenser l'œil le plus vulnérable .
on y distingue cependant nettement qu'il est question de la destruction de belles fraises saines par une grosse limace adulte . comme déjà signalé : de la fraise la limace ne laisse rien . peau, akènes et pulpe, rien ne demeure . les blaniules s'engoufrent dans les brèches ouvertes par la limace . on n'observe aucun signe de concurrence ou d'animosité entre limace et blaniules . il est vrai qu'il est difficile de saisir l'expression d'un sentiment d'hostilité, d'animosité ou de simple agacement dans le comportement extérieur d'une limace . l'image suivante s'agrandit d'un clic . caution ! graphic content !
la limace comme on voit mange goulûment . elle ne fait pas de quartiers . évider artistement la peau d'une fraise n'est pas de son fait . tant qu'une grosse limace s'occupe d'une fraise les conditions de possibilité de la fraise vide ne sont pas réunies . la deuxième partie du reportage – dont je ne présente également qu'une miniature de planche contact – nous éclaire sur ces conditions .
pour qu'advienne une fraise vide il faut que des blaniules rencontrent une fraise mure trouée de manière appropriée . pas n'importe quel trou . le trou pour fraise vide doit réunir deux caractères : être assez gros pour que les blaniules puissent rentrer [la question de savoir si les blaniules sont capables de miner la fraise par leur seuls moyens est controversée] et assez petit pour que demeure une enveloppe de peau capable de conserver une forme de fraise après et malgré la disparition complète de la pulpe . ces conditions sont idéalement réunies quand une grosse limace repue a abandonné sa proie avant de l'avoir trop gravement abimée . ce qui est assez rare . en général la limace mange salement . vous avez vu . le trou parfait c'est celui que laisse le repas du bébé limace : petits trous bien propres . les blaniules n'ont plus qu'à creuser, plus rien ne les arrêtera que la peau . tant qu'il reste de la pulpe on pourra les observer . lovés au cœur de la fraise "comme de petits serpents" . voyez l'image suivante — les bébés c'est toujours mignon — elle s'agrandira d'un clic . mais là encore warning ! graphic content !
les conditions météorologiques de pullulation des blaniules — printemps pourri, froid et humide — puis de leur attaque des fraises – au retour du soleil – se sont très favorablement succédées . mais je dois à la vérité de préciser que les (mes) conditions de culture ont aggravé la situation : le paillage de feuilles mortes mal décomposées et restées humides était à proscrire absolument . les blaniules en effet participent activement à la destruction des déchets végétaux . leur régime normal c'est le végétal MORT . mais quand vient la sécheresse leur vient le goût de la chair fraîche . on rapporte qu'une fois qu'ils ont tâté du sucré – suc de betteraves ou jus de fraise mûre – ils tombent définitivement accros . bon . me voilà avec des addicts dans le jardin ! et c'est moi le dealer ! quelle épreuve pour un jardinier bio-éthique . quelle sera la bonne pratique ? nous commençons par des gestes simples qui peuvent n'être pas sans effet : montrons leur – sans violence disproportionnée – qu'ils sont non grata . dégageons les feuilles mortes, mettons la terre à nu et binons entre les rangs, installons des pièges, espérons et observons .
> à suivre .

oh j'oubliais le plus important ! qu'on se rassure : le carré d'ada est indemne . ouf .

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